Moore France — Mars 2026
L’environnement des affaires devient plus volatil et plus vulnérable aux risques imprévus. Instabilité géopolitique, durcissement réglementaire, tensions sur les approvisionnements, montée en puissance de l’intelligence artificielle : ces évolutions redéfinissent les conditions de la compétitivité pour l’ensemble des entreprises françaises, quelle que soit leur taille ou leur secteur.
1. Le retard sur les objectifs climatiques génère des contraintes croissantes
Aucun des 45 indicateurs clés d’action climatique suivis par le World Resources Institute n’est en bonne voie pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030. La part mondiale de l’électricité issue du solaire et de l’éolien a plus que triplé depuis 2015, et les dépenses en faveur des énergies propres ont dépassé les investissements dans les énergies fossiles pour la deuxième année consécutive en 2024, mais le rythme reste insuffisant. Atteindre les objectifs 2030 nécessiterait d’éliminer le charbon plus de dix fois plus vite qu’actuellement. Les industries lourdes comme l’acier et le ciment demeurent de grands contributeurs aux émissions, malgré les innovations en cours.
Comment l’anticiper : Les trajectoires réglementaires sectorielles doivent être intégrées dans les plans stratégiques à moyen terme comme des contraintes certaines, et non comme des risques hypothétiques. Les investissements de décarbonation qui génèrent un retour économique direct (efficacité énergétique, optimisation des procédés) permettent de traiter cette contrainte comme un levier de compétitivité plutôt que comme un coût subi.
2. Reporting environnemental : une obligation qui remonte toute la chaîne
La directive européenne CSRD impose aux grandes entreprises de publier des informations détaillées sur leur impact environnemental et social, y compris celui de leurs fournisseurs. Le Scope 3 (émissions indirectes sur l’ensemble de la chaîne de valeur) représente en moyenne 75 % à 90 % de l’empreinte carbone totale d’une organisation. En France, la première vague est déjà en vigueur pour les grandes entreprises ; la deuxième phase est prévue entre 2027 et 2028. Cette évolution redéfinit progressivement les conditions d’accès aux marchés, aux financements et aux partenariats commerciaux.
Comment l’anticiper : Les obligations de reporting applicables doivent être cartographiées selon le secteur, la taille et les marchés de l’entreprise, en distinguant les échéances immédiates des horizons à venir. Les systèmes de collecte des données d’émissions doivent être mis en place sans attendre (les délais de mise en œuvre sont systématiquement sous-estimés) y compris par les entreprises non directement soumises à l’obligation, qui recevront des demandes de leurs donneurs d’ordre.
3. Approvisionnements stratégiques : une fragilité à cartographier
La Chine traite plus de 70 % des vingt principaux minerais nécessaires à la production d’énergie : cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que l’offre mondiale de cuivre sera inférieure de 30 % à la demande dès 2035 ; le géant minier BHP anticipe une hausse de 70 % de cette demande d’ici 2050. Les conflits géopolitiques et les différends commerciaux recomposent par ailleurs les flux d’approvisionnement mondiaux, poussant les entreprises à se rapprocher de fournisseurs géographiquement proches ou situés dans des pays considérés comme alignés.
Comment l’anticiper : Une cartographie des dépendances fournisseurs permet d’identifier les concentrations géographiques à risque sur les composants critiques. La diversification des sources d’approvisionnement, même à surcoût à court terme, réduit l’exposition aux ruptures. Les contrats stratégiques méritent d’être révisés pour intégrer des clauses de révision de prix, de force majeure et de substitution adaptées au contexte actuel.
4. Intelligence artificielle : maîtriser le déploiement pour en tirer de la valeur
88 % des entreprises mondiales utilisent l’intelligence artificielle dans au moins une fonction. Selon McKinsey, cette technologie atteint une masse critique plus rapidement que ne l’avaient fait Internet ou le smartphone. Pourtant, le MIT établit que seulement 5 % des projets pilotes parviennent à une accélération rapide des revenus. Les organisations ayant adopté une approche structurée obtiennent en revanche un retour moyen de 3,70 euros pour chaque euro investi. Les causes d’échec sont récurrentes : décisions d’achat mal éclairées, manque de leadership, ressources insuffisantes. Le recours à des prestataires spécialisés réussit deux fois plus souvent que le développement interne.
Comment l’anticiper : Le périmètre d’application, les indicateurs de performance et le délai de retour sur investissement doivent être définis avant tout investissement. La consommation énergétique des outils déployés (les centres de données ont consommé 415 térawattheures en 2024, un chiffre appelé à doubler d’ici 2030) doit également être intégrée dans le bilan environnemental de l’entreprise, au risque de contredire les engagements de durabilité affichés.
Comment réussir un déploiement d’intelligence artificielle en entreprise ? Les déploiements réussis partagent trois caractéristiques : un cas d’usage précisément défini, le recours à des prestataires spécialisés, et un suivi rigoureux du retour sur investissement.
5. Accès au financement : les critères d’évaluation ont évolué
Le capital-investissement mondial dispose de plus de 2 500 milliards de dollars de réserves non investies. Les fonds se sont éloignés des discours généraux sur l’ESG pour se concentrer sur des facteurs de gouvernance ayant un impact mesurable sur les flux de trésorerie, le risque et la valeur de sortie. Une étude de la Harvard Business Review portant sur 75 grandes entreprises mondiales confirme que seulement 13 % d’entre elles ont réduit leurs engagements environnementaux et sociaux, la majorité les maintient ou les renforce, parce qu’ils produisent des résultats économiques mesurables.
Comment l’anticiper : Les données financières et extra-financières doivent être structurées dans un format exploitable et auditable, indépendamment de tout projet de levée de fonds. Les présentations aux investisseurs doivent s’appuyer sur des données vérifiables et des démonstrations concrètes de maîtrise des risques. La qualité de la gouvernance reste le premier critère examiné lors d’une vérification préalable.
Retrouvez l’analyse internationale complète de Moore Global : Resilience is key in a world of turmoil















